Chapitre 2 · Première

Suites arithmétiques

La version « pas à pas » des fonctions affines : même idée de progression constante, mais rang par rang plutôt que sur une droite continue.

🎯 Pour commencer

Un abonnement qui augmente chaque mois, une pile de gobelets qui grandit gobelet après gobelet, une température qui baisse heure après heure... Tu manipules des suites depuis toujours, sans forcément mettre un nom dessus. Ce chapitre te donne juste les outils pour les calculer sans te fatiguer.

💳
Un abonnement qui augmente

8€ le premier mois, puis +1€ chaque mois suivant :

8→9→10→11
🥤
Une pile de gobelets

10 cm pour le premier gobelet seul, chaque gobelet ajouté fait monter la pile de 1,5 cm :

10→11,5→13→14,5
🎬
Les rangées d'une salle de cinéma

18 fauteuils au premier rang, 2 fauteuils de plus à chaque rangée suivante :

18→20→22→24
🌡️
Un radiateur qui baisse la nuit

20°C au départ, puis −0,5°C chaque heure jusqu'au matin :

20→19,5→19→18,5
⚡ Flash — Ces quatre situations ont un point commun : lequel ?

Dans chaque cas, on part d'une valeur de départ, et on ajoute (ou retranche) toujours la même quantité pour passer à l'étape suivante — que ce soit +1€, +1,5 cm, +2 fauteuils ou −0,5°C. C'est exactement la définition d'une suite arithmétique, que tu vas retrouver juste en dessous.

🔗 Le lien avec le chapitre 1

Souviens-toi : on avait promis que les suites arithmétiques seraient la version pas à pas des fonctions affines. Au lieu d'une variable \(x\) qui varie continûment, on va manipuler des termes numérotés \(u_0, u_1, u_2, \dots\) qui n'existent qu'à des rangs entiers — un mois, un gobelet, une rangée, une heure. Tu connais déjà presque tout : le coefficient directeur \(a\) devient la raison \(r\), et le reste des réflexes va se réutiliser presque tel quel.

Vocabulaire indispensable

Une suite numérique est une liste ordonnée de nombres, un par rang :

\(u_n\) Terme de rang \(n\)

Le nombre de la suite qui se trouve à la position \(n\). On dit « \(u\) indice \(n\) ». \(u_0\) est le premier terme, \(u_1\) le suivant, etc.

r Raison

Le nombre fixe qu'on ajoute (ou retranche) à chaque terme pour obtenir le suivant. L'équivalent exact du coefficient directeur \(a\) du chapitre 1.

\(u_{n+1} = u_n + \underbrace{r}_{\text{raison}}\)
I. Définition par récurrence
📘 Définition

Une suite \((u_n)\) est dite arithmétique lorsqu'il existe un nombre réel \(r\), appelé raison, tel que pour tout entier naturel \(n\) :

\(u_{n+1} = u_n + r\)

Autrement dit : pour passer d'un terme au suivant, on ajoute toujours la même quantité \(r\). C'est une définition par récurrence : pour connaître \(u_5\), il faut en principe être passé par \(u_0, u_1, u_2, u_3, u_4\).

✏️ La machine à ajouter \(r\)

Imagine une machine : tu entres un terme, elle lui ajoute toujours la même quantité \(r\), et recrache le terme suivant. Entre à nouveau ce résultat, elle ajoute encore \(r\)... C'est exactement le principe de la récurrence.

⚡ Flash — La suite 3, 7, 11, 15, ... est-elle arithmétique ? Si oui, quelle est sa raison ?

Oui : on ajoute à chaque fois 4 (\(7-3=4\), \(11-7=4\), \(15-11=4\)). C'est une suite arithmétique de raison \(r=4\).

⚡ Flash — Et la suite 2, 4, 8, 16, ... est-elle arithmétique ?

Non : \(4-2=2\) mais \(8-4=4\). L'écart entre deux termes consécutifs n'est pas constant, donc ce n'est pas une suite arithmétique (ici, on multiplie par 2 à chaque fois — on en reparlera au prochain chapitre !).

II. Calculer des termes de proche en proche
✏️ Exemple
Soit \((u_n)\) la suite arithmétique de premier terme \(u_0 = 5\) et de raison \(r = 3\). Calculer \(u_1\), \(u_2\), \(u_3\) et \(u_4\).
\(n\)01234
\(u_n\)58111417

On ajoute \(r=3\) à chaque étape : \(5 \to 8 \to 11 \to 14 \to 17\).

🎮 À toi de jouer !

Soit \((v_n)\) la suite arithmétique de premier terme \(v_0 = -2\) et de raison \(r = 4\). Calcule \(v_1\), \(v_2\) et \(v_3\).

\(n\)0123
\(v_n\)−22610
🔎 On ajoute \(4\) à chaque étape : \(-2 \to 2 \to 6 \to 10\).
III. Terme général — la formule explicite

Calculer \(u_{50}\) de proche en proche serait épuisant. Heureusement, on peut sauter directement au rang voulu.

📗 Propriété

Si \((u_n)\) est une suite arithmétique de premier terme \(u_0\) et de raison \(r\), alors pour tout entier naturel \(n\) :

\(u_n = u_0 + n \times r\)

Plus généralement, entre deux rangs quelconques \(p\) et \(n\) : \(u_n = u_p + (n-p)\times r\).

🎮 Sauter plusieurs rangs d'un coup

Chaque rang franchi ajoute une nouvelle fois \(r\) — exactement comme avancer de plusieurs carreaux au chapitre 1. Regarde ce qui se passe avec \(r = 2\), \(u_0 = 1\) :

O \(u_0\) +1 +2
Si j'avance de 1 rang, j'ajoute 2 (une fois la raison). C'est le principe même de la récurrence !
✏️ Exemple — Pourquoi la formule est utile
Soit \((u_n)\) de premier terme \(u_0 = 5\) et de raison \(r = 3\). Calculer directement \(u_{50}\).
Formule\(u_n = u_0 + n\times r\)
On applique\(u_{50} = 5 + 50\times 3\)
\(u_{50} = 155\)
🌟 Inutile de calculer les 50 termes précédents !
🎮 À toi de jouer !

Soit \((w_n)\) la suite arithmétique de premier terme \(w_0 = -7\) et de raison \(r = 2{,}5\). Calcule \(w_{20}\).

Formule\(w_{20} = w_0 + 20\times r\)
On applique\(w_{20} = -7 + 20\times2{,}5 = -7+50\)
\(w_{20} = 43\)
IV. Retrouver la raison à partir de deux termes

Exactement le même problème qu'au chapitre 1 : et si on ne connaît que deux termes de la suite, sans savoir ni \(u_0\) ni \(r\) ?

🚀 Le même raisonnement qu'au chapitre 1
Écart des termes
\(u_q - u_p\)
÷
Écart des rangs
\(q - p\)
=
Raison
\(r\)
📋 Formule à retenir
\(r = \dfrac{u_q - u_p}{q - p}\)

Puis on injecte un terme connu dans \(u_n = u_0 + n\times r\) pour retrouver \(u_0\).

⚠️ Attention à l'ordre

Comme au chapitre 1 : le rang le plus grand doit rester au même endroit (numérateur et dénominateur) que le terme correspondant, sous peine d'inverser le signe de \(r\).

✏️ Exemple
Une suite arithmétique vérifie \(u_3 = 11\) et \(u_8 = 31\). Déterminer \(r\) puis \(u_0\).
Calcul de \(r\)\(r = \dfrac{31-11}{8-3} = \dfrac{20}{5} = 4\)
On pose\(u_n = u_0 + 4n\)
On injectele rang 3 : \(11 = u_0 + 4\times3\)
On isole \(u_0\)\(11 = u_0 + 12 \;\Rightarrow\; u_0 = -1\)
\(r = 4\), \(u_0 = -1\), donc \(u_n = -1 + 4n\)
🎮 À toi de jouer !

Une suite arithmétique vérifie \(u_2 = 9\) et \(u_6 = -3\). Détermine \(r\) puis \(u_0\).

Étape 1 — Calcul de \(r\)

Formule\(r = \dfrac{-3-9}{6-2} = \dfrac{-12}{4} = -3\)
\(r = -3\)

Étape 2 — Calcul de \(u_0\)

On pose\(u_n = u_0 - 3n\)
On injectele rang 2 : \(9 = u_0 - 3\times2\)
On isole \(u_0\)\(9 = u_0 - 6 \;\Rightarrow\; u_0 = 15\)
\(u_0 = 15\), donc \(u_n = 15 - 3n\)
V. Sens de variation

La même logique qu'au chapitre 1, appliquée cette fois au signe de la raison.

📗 Propriété

Soit \((u_n)\) une suite arithmétique de raison \(r\).

\(r > 0\)
↗

\((u_n)\) est croissante

\(r < 0\)
↘

\((u_n)\) est décroissante

\(r = 0\)
→

\((u_n)\) est constante

Là encore, aucune surprise : on ajoute toujours \(r\) pour passer au terme suivant, donc si \(r\) est positif, on ne peut que monter.

⚡ Flash — Reprends l'exemple du radiateur (20 ; 19,5 ; 19 ; 18,5 ...). Croissante ou décroissante ? Et le cinéma (18 ; 20 ; 22 ; 24 ...) ?

Radiateur : \(r=-0{,}5<0\) → suite décroissante (la température baisse). Cinéma : \(r=2>0\) → suite croissante (il y a de plus en plus de fauteuils par rangée).

VI. Représentation graphique
📗 Propriété

Dans un repère, les points de coordonnées \((n\,;\,u_n)\) sont alignés — ils appartiennent tous à la droite d'équation \(y = rx + u_0\), celle-là même que tu tracerais pour la fonction affine associée.

⚠️ Discret, pas continu !

Différence essentielle avec le chapitre 1 : une suite n'existe qu'aux rangs entiers \(0, 1, 2, 3, \dots\). On place donc des points isolés, jamais une ligne continue qui les relie — \(u_{2{,}5}\) n'a tout simplement aucun sens.

✏️ Exemple — \(u_0 = 2\), \(r = 1\)
O 01234 023456 \(u_0\) \(u_1\) \(u_2\) \(u_3\) \(u_4\)
● Points isolés — pas de trait entre eux ┄ Droite fantôme \(y = x + 2\) : elle guide l'œil, sans faire partie de la suite
VII. Résoudre un problème de seuil

Une question fréquente : à partir de quel rang un terme dépasse-t-il (ou passe-t-il en dessous d') une valeur donnée ?

📘 Définition — Problème de seuil

Résoudre un problème de seuil, c'est trouver le plus petit rang \(n\) à partir duquel \(u_n\) dépasse (ou descend en dessous d') un seuil \(k\) fixé à l'avance.

📙 Méthode — Résolution algébrique

On part de la formule explicite \(u_n = u_0 + nr\), et on résout l'inéquation correspondante :

\(u_0 + nr > k \quad \Longleftrightarrow \quad n > \dfrac{k - u_0}{r} \ \text{(si } r>0\text{)}\)

On isole \(n\) comme dans n'importe quelle inéquation du premier degré : on soustrait \(u_0\), puis on divise par \(r\).

⚠️ Le piège classique

Si la raison \(r\) est négative, diviser les deux membres par \(r\) inverse le sens de l'inéquation ! Ce réflexe, déjà vu pour les fonctions affines, reste valable ici :

\(nr > k - u_0 \quad \Longleftrightarrow \quad n \color{#c0392b}{<} \dfrac{k-u_0}{r} \ \text{si } r<0\)
✏️ Exemple — raison positive
Une entreprise verse à un employé une prime de 500€ la première année, augmentée de 150€ chaque année suivante. On modélise la prime de l'année \(n+1\) par \(u_n = 500 + 150n\) (avec \(u_0\) pour l'année 1). À partir de quelle année la prime dépasse-t-elle 2000€ ?
Inéquation\(500 + 150n > 2000\)
On isole \(150n\)\(150n > 1500\)
On divise par 150 (positif)\(n > 10\)

Le plus petit rang entier vérifiant \(n>10\) est \(n=11\), c'est-à-dire l'année \(n+1 = 12\).

À partir de la 12ᵉ année, la prime dépasse 2000€
✏️ Exemple — raison négative (reprends le radiateur)
Le radiateur défectueux : \(u_0 = 20\), \(r=-0{,}5\) (température en °C après \(n\) minutes). À partir de quelle minute la température descend-elle strictement en dessous de 10°C ?
Inéquation\(20 - 0{,}5n < 10\)
On isole \(-0{,}5n\)\(-0{,}5n < -10\)
On divise par −0,5 : on inverse !\(n > 20\)

Le plus petit rang entier vérifiant \(n>20\) est \(n=21\).

À partir de la 21ᵉ minute, la température passe sous 10°C
💡 Lien avec le graphique

Sur la représentation graphique (partie VI), un problème de seuil revient à tracer la droite horizontale \(y=k\) et à repérer à partir de quel point le nuage de points passe au-dessus (ou en dessous) de cette droite.

⚡ Flash — \(u_0 = 3\), \(r = 4\). À partir de quel rang \(u_n\) dépasse-t-il 50 ?

\(3+4n>50 \Rightarrow 4n>47 \Rightarrow n>11{,}75\), donc \(n=12\).

🎮 À toi de jouer !

Un capital de 1000€ diminue de 40€ chaque mois (\(u_0=1000\), \(r=-40\)). À partir de quel mois le capital passe-t-il strictement en dessous de 200€ ?

Inéquation\(1000 - 40n < 200\)
On isole\(-40n < -800\)
On divise par −40 : on inverse !\(n > 20\)
À partir du 21ᵉ mois, le capital passe sous 200€
VIII. 🔭 Vers la suite de l'année
📈 Chapitre suivant — Suites géométriques

Là où la suite arithmétique ajoute toujours la même quantité, la suite géométrique va multiplier toujours par le même nombre. Une bonne partie des méthodes vues ici (récurrence, terme général, sens de variation) se retrouveront, mais avec des réflexes différents !

📐 Chapitre 1 — Fonctions affines

Garde en tête le parallèle : \(u_n = u_0 + nr\) est exactement la même formule que \(f(x) = ax+b\), avec \(x\) remplacé par \(n\). C'est ce même « moteur » mathématique que tu retrouveras encore en statistiques.

Mini-quiz — Vérifie tes acquis
1. Une suite \((u_n)\) est arithmétique de raison \(r\) lorsque, pour tout \(n\) :
2. Soit \((u_n)\) de premier terme \(u_0 = 4\) et de raison \(r = 5\). Que vaut \(u_{10}\) ?
3. Une suite arithmétique vérifie \(u_2 = 6\) et \(u_5 = 15\). Quelle est sa raison ?
4. Une suite arithmétique a pour raison \(r = -2\). Comment évolue-t-elle ?
5. Sur la représentation graphique d'une suite arithmétique, on doit :
6. \(u_0 = 10\), \(r = -3\). On cherche le plus petit rang \(n\) tel que \(u_n < 0\). L'inéquation \(10-3n<0\) donne :
🏠