Chapitre 5 · Première

Suites géométriques

La version multiplicative des suites arithmétiques : au lieu d'ajouter toujours la même quantité, on multiplie toujours par le même nombre.

🎯 Pour commencer

Un compte qui double d'abonnés chaque semaine, un capital placé qui fructifie année après année, une dose de médicament qui s'élimine peu à peu dans le sang... Contrairement au chapitre précédent, où l'on ajoutait toujours la même quantité, on va cette fois multiplier toujours par le même nombre. Bienvenue dans le monde des suites géométriques !

📱
Un compte qui décolle

100 abonnés au départ, le nombre double chaque semaine :

100→200→400→800
💰
Un capital qui fructifie

1000 € placés à 5 % d'intérêts composés par an (on multiplie par 1,05) :

1000→1050→1102,5→1157,6
🦠
Une colonie qui triple

50 bactéries au départ, la population triple toutes les heures :

50→150→450→1350
💊
Un médicament qui s'élimine

200 mg au départ, 20 % éliminés chaque heure (on multiplie par 0,8) :

200→160→128→102,4
⚡ Flash — Ces quatre situations ont un point commun : lequel ?

Dans chaque cas, on part d'une valeur de départ, et on multiplie toujours par le même nombre pour passer à l'étape suivante — que ce soit ×2, ×1,05, ×3 ou ×0,8. C'est exactement la définition d'une suite géométrique, que tu vas retrouver juste en dessous.

🔗 Le lien avec les suites arithmétiques

Souviens-toi : dans une suite arithmétique, on ajoutait toujours la même raison \(r\). Ici, même principe de récurrence, mais avec une opération différente : on multiplie toujours par la même raison \(q\). Tu vas retrouver exactement la même architecture — définition, terme général, sens de variation, représentation graphique — mais avec des réflexes multiplicatifs à la place des réflexes additifs.

Vocabulaire indispensable

Comme au chapitre précédent, une suite géométrique est une liste ordonnée de nombres, un par rang — mais ici, tous strictement positifs :

\(u_n\) Terme de rang \(n\)

Le nombre de la suite qui se trouve à la position \(n\). \(u_0\) est le premier terme, \(u_1\) le suivant, etc. — exactement comme pour les suites arithmétiques.

q Raison

Le nombre fixe et strictement positif par lequel on multiplie chaque terme pour obtenir le suivant. C'est l'équivalent multiplicatif de la raison \(r\) du chapitre précédent.

\(u_{n+1} = \underbrace{q}_{\text{raison}} \times u_n\)
I. Définition par récurrence
📘 Définition

Une suite \((u_n)\) à termes strictement positifs est dite géométrique lorsqu'il existe un réel \(q > 0\), appelé raison, tel que pour tout entier naturel \(n\) :

\(u_{n+1} = q \times u_n\)

Autrement dit : pour passer d'un terme au suivant, on multiplie toujours par la même quantité \(q\). C'est une définition par récurrence, exactement comme pour les suites arithmétiques : pour connaître \(u_5\), il faut en principe être passé par \(u_0, u_1, u_2, u_3, u_4\).

📎 Point de vigilance — ce programme

On ne travaille ici qu'avec des suites à termes strictement positifs, donc une raison \(q\) toujours strictement positive. Contrairement au chapitre précédent, il n'y a donc pas de cas « raison négative » à envisager : cela simplifiera notamment l'étude du sens de variation.

✏️ La machine à multiplier par \(q\)

Imagine une machine : tu entres un terme, elle le multiplie toujours par la même quantité \(q\), et recrache le terme suivant. Entre à nouveau ce résultat, elle multiplie encore par \(q\)... C'est exactement le principe de la récurrence, mais avec une multiplication à la place d'une addition.

⚡ Flash — La suite 5, 10, 20, 40, ... est-elle géométrique ? Si oui, quelle est sa raison ?

Oui : on multiplie à chaque fois par 2 (\(10\div5=2\), \(20\div10=2\), \(40\div20=2\)). C'est une suite géométrique de raison \(q=2\).

⚡ Flash — Et la suite 3, 6, 9, 12, ... est-elle géométrique ?

Non : \(6\div3=2\) mais \(9\div6=1{,}5\). Le quotient entre deux termes consécutifs n'est pas constant, donc ce n'est pas une suite géométrique (ici, on ajoute 3 à chaque fois — c'est une suite arithmétique, celle du chapitre précédent !).

II. Calculer des termes de proche en proche
✏️ Exemple
Soit \((u_n)\) la suite géométrique de premier terme \(u_0 = 3\) et de raison \(q = 2\). Calculer \(u_1\), \(u_2\), \(u_3\) et \(u_4\).
\(n\)01234
\(u_n\)36122448

On multiplie par \(q=2\) à chaque étape : \(3 \to 6 \to 12 \to 24 \to 48\).

🎮 À toi de jouer !

Soit \((v_n)\) la suite géométrique de premier terme \(v_0 = 100\) et de raison \(q = 0{,}5\). Calcule \(v_1\), \(v_2\) et \(v_3\).

\(n\)0123
\(v_n\)100502512,5
🔎 On multiplie par \(0{,}5\) à chaque étape : \(100 \to 50 \to 25 \to 12{,}5\). Une raison entre 0 et 1 fait diminuer la suite.
III. Terme général — la formule explicite

Calculer \(u_{20}\) de proche en proche serait épuisant. Heureusement, on peut sauter directement au rang voulu.

📗 Propriété

Si \((u_n)\) est une suite géométrique de premier terme \(u_0\) et de raison \(q\), alors pour tout entier naturel \(n\) :

\(u_n = u_0 \times q^{\,n}\)

Plus généralement, entre deux rangs quelconques \(p\) et \(n\) : \(u_n = u_p \times q^{\,n-p}\).

🎮 Sauter plusieurs rangs d'un coup

Chaque rang franchi multiplie une nouvelle fois par \(q\) — au lieu d'ajouter \(r\) comme au chapitre précédent, on enchaîne les multiplications. Regarde ce qui se passe avec \(u_0 = 2\) et \(q = 2\) :

\(u_0 = 2\) → \(\times 2^{1}\) → \(u_1 = 4\)
Si j'avance de 1 rang, je multiplie par 2 (une fois la raison). C'est le principe même de la récurrence !
✏️ Exemple — Pourquoi la formule est utile
Soit \((u_n)\) de premier terme \(u_0 = 3\) et de raison \(q = 2\). Calculer directement \(u_{10}\).
Formule\(u_n = u_0 \times q^{\,n}\)
On applique\(u_{10} = 3\times 2^{10} = 3\times1024\)
\(u_{10} = 3072\)
🌟 Inutile de calculer les 10 termes précédents ! Et regarde comme le résultat grandit vite : c'est la marque de fabrique d'une suite géométrique de raison \(q>1\).
🎮 À toi de jouer !

Soit \((w_n)\) la suite géométrique de premier terme \(w_0 = 5\) et de raison \(q = 3\). Calcule \(w_5\).

Formule\(w_5 = w_0 \times q^{5}\)
On applique\(w_5 = 5\times 3^{5} = 5\times243\)
\(w_5 = 1215\)
IV. Retrouver la raison à partir de deux termes

Exactement le même problème qu'au chapitre précédent : et si on ne connaît que deux termes de la suite, sans savoir ni \(u_0\) ni \(q\) ?

🚀 Le même esprit qu'au chapitre précédent
Quotient des termes
\(u_n / u_p\)
↔
Écart des rangs
\(n - p\)
=
Puissance
\(q^{\,n-p}\)
📋 Formule à retenir
\(q^{\,n-p} = \dfrac{u_n}{u_p}\)

On calcule d'abord le quotient \(u_n/u_p\), puis on cherche le nombre \(q\) qui, élevé à la puissance \(n-p\), redonne exactement ce résultat (on procède par essais, ou avec la calculatrice). Puis on injecte un terme connu dans \(u_n = u_0\times q^{\,n}\) pour retrouver \(u_0\).

⚠️ Attention à l'ordre

Comme au chapitre précédent : le rang le plus grand doit rester au numérateur du quotient. Inverser l'ordre reviendrait à calculer \(1/q\) au lieu de \(q\).

✏️ Exemple
Une suite géométrique vérifie \(u_2 = 12\) et \(u_5 = 96\). Déterminer \(q\) puis \(u_0\).
Calcul de \(q\)\(q^{3} = \dfrac{96}{12} = 8\)
On identifie\(q = 2\) car \(2^{3} = 8\)
On pose\(u_n = u_0 \times 2^{\,n}\)
On injectele rang 2 : \(12 = u_0 \times 2^{2} = u_0\times4\)
On isole \(u_0\)\(u_0 = 12/4 = 3\)
\(q = 2\), \(u_0 = 3\), donc \(u_n = 3\times2^{\,n}\)
🎮 À toi de jouer !

Une suite géométrique vérifie \(u_1 = 3\) et \(u_3 = 27\). Détermine \(q\) puis \(u_0\).

Étape 1 — Calcul de \(q\)

Formule\(q^{2} = \dfrac{27}{3} = 9\)
On identifie\(q = 3\) car \(3^{2} = 9\)
\(q = 3\)

Étape 2 — Calcul de \(u_0\)

On pose\(u_n = u_0 \times 3^{\,n}\)
On injectele rang 1 : \(3 = u_0\times3\)
On isole \(u_0\)\(u_0 = 3/3 = 1\)
\(u_0 = 1\), donc \(u_n = 3^{\,n}\)
V. Sens de variation

La même logique qu'au chapitre précédent, appliquée cette fois à la position de la raison par rapport à 1.

📗 Propriété

Soit \((u_n)\) une suite géométrique à termes strictement positifs, de raison \(q\).

\(q > 1\)
↗

\((u_n)\) est croissante

\(0 < q < 1\)
↘

\((u_n)\) est décroissante

\(q = 1\)
→

\((u_n)\) est constante

Là encore, aucune surprise : on multiplie toujours par \(q\) pour passer au terme suivant. Multiplier un nombre positif par plus de 1 le fait grandir, par un nombre entre 0 et 1 le fait rétrécir.

📎 Un cas en moins qu'au chapitre précédent

Comme les termes sont toujours strictement positifs, une suite géométrique de ce programme ne peut jamais osciller entre positif et négatif : il n'y a donc que ces trois cas à connaître, contre quatre (y compris \(r<0\)) pour les suites arithmétiques.

⚡ Flash — Reprends l'exemple du médicament (200 ; 160 ; 128 ; 102,4 ...). Croissante ou décroissante ? Et le compte qui décolle (100 ; 200 ; 400 ; 800 ...) ?

Médicament : \(q=0{,}8\), et \(0<0{,}8<1\) → suite décroissante (la dose diminue). Compte qui décolle : \(q=2>1\) → suite croissante (le nombre d'abonnés explose).

VI. Représentation graphique
📗 Propriété

Dans un repère, les points de coordonnées \((n\,;\,u_n)\) ne sont plus alignés — c'est la grande différence avec le chapitre précédent. Ils s'accumulent le long d'une courbe qui monte (ou descend) de plus en plus vite : celle-là même de la fonction exponentielle \(x \mapsto u_0\times q^{\,x}\), que tu découvriras bientôt.

⚠️ Discret, pas continu !

Comme au chapitre précédent : une suite n'existe qu'aux rangs entiers \(0, 1, 2, 3, \dots\). On place donc des points isolés, jamais une ligne continue qui les relie — \(u_{2{,}5}\) n'a toujours aucun sens.

✏️ Exemple — \(u_0 = 1\), \(q = 1{,}6\)
O 01234 01234567 \(u_0\) \(u_1\) \(u_2\) \(u_3\) \(u_4\)
● Points isolés — pas de trait entre eux ┄ Courbe fantôme \(y = 1{,}6^{\,x}\) : elle guide l'œil, sans faire partie de la suite

Remarque bien : les points s'écartent de plus en plus les uns des autres à mesure que \(n\) augmente. C'est la signature visuelle d'une raison \(q>1\) — et ce sera exactement la même allure pour la fonction exponentielle du prochain chapitre.

VII. 🔭 Vers la suite de l'année
📈 Chapitre suivant — Fonction exponentielle

La suite géométrique \(u_n = u_0\times q^{\,n}\) n'existe qu'aux rangs entiers. En autorisant l'exposant à varier continûment, on obtient la fonction \(x\mapsto q^{\,x}\) : c'est la fonction exponentielle, qui modélise croissance et décroissance de façon continue.

📐 Chapitre précédent — Suites arithmétiques

Garde en tête le parallèle : \(u_n = u_0\times q^{\,n}\) joue, pour la multiplication, exactement le rôle que jouait \(u_n = u_0 + n r\) pour l'addition. Même moteur mathématique — additif d'un côté, multiplicatif de l'autre.

Mini-quiz — Vérifie tes acquis
1. Une suite \((u_n)\) est géométrique de raison \(q\) lorsque, pour tout \(n\) :
2. Soit \((u_n)\) de premier terme \(u_0 = 2\) et de raison \(q = 3\). Que vaut \(u_4\) ?
3. Une suite géométrique vérifie \(u_1 = 4\) et \(u_3 = 36\). Quelle est sa raison ?
4. Une suite géométrique à termes positifs a pour raison \(q = 0{,}5\). Comment évolue-t-elle ?
5. Sur la représentation graphique d'une suite géométrique, on doit :
🏠